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L’effet Coupe du Monde en politique

In Uncategorized on juin 21, 2010 at 8:49

Il est bien connu que la Coupe du Monde de Football de 1998, gagnée par l’Equipe de France, avait boosté l’économie nationale, au-delà des seules retombées directes de l’organisation de la compétition sur le territoire, par le moral redynamisé des Français. Les premiers heureux furent à l’époque le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, mais aussi Jacques Chirac dont la côte dans les sondages avait grimpé.

Mais qui a dit qu’il fallait gagner pour que l’effet Coupe du Monde se fasse ressentir dans la sphère politique?

En effet, l’Equipe de France ne brille plus, et pire, s’illustre par ses frasques particulièrement édifiantes ces derniers jours. On pourrait donc être amené à penser qu’un « effet Coupe du Monde » inversé pourrait se produire, accentué par le retrait des sponsors paniqués par l’image que diffuse l’Equipe de France de football – et donc une possible chute des ventes de ces sponsors (téléviseurs, audiences de télévision, grande distribution pour ne pas les nommer), par la chute du moral des Français (chez les amateurs de football, les autres ont de grandes chances de retrouver le moral…), le recentrage sur les problèmes du quotidien, et la perte de confiance du fait de l’évanouissement d’une des seules chances de réelle « puissance » internationale qui restait à la France…

Cependant, depuis vendredi soir l’Equipe de France a trusté tous les journaux télévisés, les « unes » des journaux, les matinales à la radio en France et à l’étranger. Quid de la réforme des retraites, de la grève dans les transports, des turbulences économiques, de la crise grecque…etc. ? La France (quasi) entière est accaparée par l’Equipe de France et leur grève dans un car, et ne pense plus (ou en tout cas moins) aux problèmes économiques et sociaux de ces derniers mois.

Une aubaine pour le Gouvernement qui peut (temporairement) arrêter de se soucier des médias et accélérer les réformes susceptibles d’attiser les mécontentements… Une opportunité également pour Rama Yade dont la « bourde » à propos de l’hôtel luxueux de l’Equipe de France a été presque oubliée (on lui donnerait aujourd’hui presque raison tant les joueurs ont montré qu’ils valaient moins qu’un ministre, quel qu’il soit, tous partis confondus)…

Contrairement à 1998, personne ne cherchera à s’afficher aux côtés des joueurs de l’Equipe de France stars multimillionnaires du « show-biz » pour les uns, grévistes éhontés donnant une mauvaise image de la France pour les autres, « losers » pour tous. En revanche, il y a fort à parier que tous les acteurs politiques seront prompts à donner leur avis sur les mesures à prendre ou à ne pas prendre pour rebâtir l’Equipe de France.

Contrairement à toute attente l’effet Coupe du Monde existerait donc également dans la défaite…et le ridicule… Mais attention au retour à la réalité mercredi matin…

La stratégie perdant-perdant du PS en Languedoc Roussillon et la Frêchitude

In Actualité politique on février 10, 2010 at 4:12

Fin janvier 2008, les propos de Georges Frêche à l’égard de Laurent Fabius (« une tronche pas catholique »), candidat aux régionales dans l’Essonne, créaient la polémique. Georges Frêche était accusé d’anitsémitisme, après avoir été taxé successivement de raciste et d’anti-harki. En réalité, Georges Frêche est proche d’associations juives pour la paix au Moyen-Orient, mais peu importe, la vraie question n’était pas celle-là. Le bureau du Parti Socialiste était parfaitement conscient que Georges Frêche n’est pas raciste. La stratégie était tout autre. Georges Frêche devenait gênant.

En effet l’homme a été successivement député (élu pour la première fois en 1973), maire de Montpellier pendant 27 ans, président de la communauté d’agglomération et président du conseil régional depuis 2004. Il est donc fortement implanté dans la région et a su tisser un véritable réseau autour de sa personne. C’est là que le bas blesse. Georges Frêche est âgé (72 ans) et devra un jour ou l’autre passer le relai. Or ce que voulait éviter le PS – entendre Martine Aubry – était que la région soit récupérée par un des proches de Georges Frêche ou, pire, connaissant ses liens étroits avec Ségolène Royal, qu’il passe le flambeau à des partisans de Ségolène Royal. Il se trouve que la région Languedoc-Roussillon est une de celles, avec la région Rhône-Alpes, qui a le plus soutenu Ségolène Royal en 2007. Il était donc de première importance dans l’optique de 2012 de renouveller la direction et la ligne politique d’une fédération majeure.

L’homme étant du genre « grande gueule » quelle meilleure occasion que de tirer profit de l’une de ses multiples et répétées provocations verbales? Le Parti socialiste avait tiré le premier coup de semonce en 2006 lors de la polémique sur les Harkis, puis le second en 2007 lorsque le président de la région Languedoc-Roussillon avait commenté le nombre de joueurs noirs en équipe de France de football. Janvier 2010 était l’occasion parfaite, qui plus est, elle donnait l’occasion au PS de montrer aux potentiels votants de confession juive que le Parti socialiste ne se bornait pas à soutenir les Palestiniens et portait également les Juifs dans son coeur.

Seulement il y a double erreur. La première est que Georges Frêche n’est pas antisémite, pas plus qu’il n’est raciste ou anti-harki. Georges Frêche est un universitaire – professeur des universités. Et, comme nombre de ses collègues de sa génération, il a appris les vertus du discours grandiloquent, explosif, argumenté…etc., mais pas la synthèse. Ses phrases sont tellement longues qu’elles embrouillent ses interlocuteur sur leur sens initial et laissent le temps à son auteur d’insérer des propos provocants mais qui sortis de leur contexte (ces phrases allambiquées que les médias ne reproduisent pas) deviennent insultants. En effet, lorsque Georges Frêche s’exprime sur l’Equipe de France chez Ruquier, le fond de son propos était de dire qu’il existait d’autres façons de réussir que le football pour les jeunes des banlieues et qu’il n’y avait pas de raison pour qu’ils constituent l’entière majorité des équipes de football.

Ensuite, la seconde erreur est que le PS a saisi l’occasion pour renouveler la fédération en vue des présidentielles 2012, mais il a oublié qu’il ne suffit pas de couper la tête du chef pour que la troupe change de cap. Le succès de Georges Frêche a été de mettre en place un réseau de militants totalement fédérés autour de lui. Ses liens quelque peu distendus avec le PS ont produit des militants qui sont d’abord des « Frêchistes » avant d’être des socialistes. Le risque est donc grand pour le PS de voir Georges Frêche devenir une opposition permanente à chaque élection. Si cela ne pose pas de problème majeur pour les présidentielles (il est peu probable que le Président du Languedoc-Roussillon appelle à voter à droite ou au centre), cela constituera une autre paire de manche pour les élections locales pour lesquelles il apparaît fort probable que Georges Frêche et ses soutiens présenteront systématiquement des listes concurrentes au PS, prenant ainsi le risque de faire perdre la région, le département et la ville de Montpellier au PS, mais aussi et surtout de favoriser la droite en faisant s’entre-tuer la gauche dans un duel fratricide.

Georges Frêche l’a compris, il peut exister sans le Parti Socialiste. Mais le Parti socialiste ne peut exister en Languedoc-Roussillon sans Georges Frêche. Que venait-il faire sur les plateaux de télévision cette semaine – critiquant le parti central, le centralisme parisien, les « journalistes parisiens coupés de la réalité » (opposant même à Jean-Michel Apathie qu’il ne connaissait plus le Languedoc-Roussillon, sa région d’origine, n’y étant plus retourné depuis 25 ans) – si ce n’est fédérer des soutiens. Son segment de communication sera donc la posture gaullienne « hors des partis », ajouté d’un anti-élitisme parisien et d’un homme qui oeuvre pour le bien-être de ses concitoyens (son bilan à Montpellier est reconnu par tous comme étant positif).

Au-delà d’un mauvais calcul électoral, le PS prend le risque de brouiller les cartes et de voir le boomerang lui revenir en pleine figure le jour où un candidat (ou une candidate…!) socialiste aux élections présidentielles comptera Georges Frêche dans ses rang…

Les errements communicationnels de Martine Aubry

In Actualité politique, Communication politique on février 3, 2010 at 8:28

Si Martine Aubry a le grand mérite de maintenir à flot la barque PS en ces temps de tempête, sa communication en direction du public qui attend sur le quai reste à améliorer. Ces dernières semaines la communication de la première secrétaire du Parti socialiste a montré ses limites. Sur le forme comme sur le fond.

Sur la forme, il n’est pas difficile de voir que la fille de Jacques Delors ne maitrise pas encore les codes de la communication moderne. Si elle a su moderniser quelque peu son look, abandonnant les tailleurs vieille école pour des pantalons et un style plus décontracté, plus moderne (aussi pour rivaliser avec Ségolène Royal), certains détails laissent encore à désirer. Mecredi 3 février, sur le plateau du très couru Grand Journal de Canal +, Martine Aubry a été interrogée par Yann Barthès à la fin de son « Petit Journal » sur la présence de boucle d’oreilles, apparemment en or, qui ornaient ses oreilles le jour des voeux à la presse alors qu’elle n’en porte jamais d’habitude (images à l’appui). On eu pu croire que la question était anecdotique et incongrue, ç’aurait été mal connaître Yann Barthès. La première secrétaire socialiste cherche à cultiver une image proche des citoyens, de française ordinaire, presque populaire… Or des boucles d’oreille massives en or lui-même massif…cela ne fait pas très populaire… Pas de chance (pour elle) ce jour-là Martine Aubry arborait, cette fois, un collier en or. PPDA (Yves Le Coq) de lui faire remarquer. « Un cadeau de mes parents » se défend l’incriminée. Mauvaise excuse. Quand on dénonce les errements jet-set (ou bling-bling) du Président de la République qui porte des Ray-Ban, et que l’on porte soi-même des ornements forts coûteux, on perd en crédibilité.

Sur le fond aussi. La première secrétaire, interrogée le 17 Janvier par Jean-Michel Apathie sur RTL, confiait qu’elle pourrait envisager, avec le PS, une hausse de l’âge de la retraite pour le porter à « 61 ou 62 ans » (au lieu de 60 aujourd’hui). La phrase fait mouche et crée le buzz : le PS reviendrait sur une position qui date du Front Populaire de 1936, les acquis sociaux des travailleurs. Quelques jours plus tard elle revient sur ses propos en expliquant qu’elle ne parlait pas de l’âge légal mais d’un âge moyen, utile… Peu crédible encore quand on sait qu’on parle couramment d’ « âge de la retraite » pour désigner l’âge légal du départ en retraite. En réalité, la première secrétaire avait, dans un objectif – louable – de modernité et d’intelligence politique, préempté une position commune à un certain nombre des dirigeants de son parti sur la question…mais qui fait malgré tout débat au sein du PS et encore davantage au sein de la population. Elle a donc été rappelée à l’ordre par le conseil national du PS.

On pourrait également citer la réaction de Martine Aubry au « cas Frêche » et sa récente remarque concernant Laurent Fabius – et en soi peu choquante (surtout en comparaison des précédentes sorties du Président de la région Langedoc Roussillon) lorsque l’on sait que l’expression « pas très catholique » tout comme « pas très orthodoxe » sont des expressions ancrées dans le langage populaire, et que Georges Frêche ne saurait être accusé d’anti-sémitisme ne serait-ce que du fait de ses liens assez étroit avec Israël. Mais cet épisode ne fut qu’un prétexte pour Mme Aubry pour faire ce qu’elle attendait depuis longtemps : éliminer un élément gênant et trop solitaire dans l’exercice du pouvoir.

La communication politique vise à expliquer d’une part – communiquer sur – et à diffuser une image d’autre part – communiquer « pour soi ». Elle revient à raconter une histoire, donner à voir pour laisser imaginer ce que pourra être le futur. Or Martine Aubry ne raconte pas d’histoire ou alors – pour l’instant – une histoire qui ne se déroule pas dans le futur, mais dans le passé déjà connu. Nicolas Sarkozy, en 2007, a su raconter une histoire qui faisait rêver (certains), en illustrant cette histoire, en donnant à voir, à entendre et à penser. Martine Aubry devrait peut-être apprendre à se mettre en scène, à moderniser sa communication et à la rendre plus crédible, moins bancale, si elle veut mener à bien ses ambitions…